Le sacrifice

 Prenez deux couples.
Faisons en sorte que, dans un couple, l’homme n’est pas heureux, que dans l’autre, la femme ne soit pas heureuse.
Faisons en sorte que le hasard fait qu’ils se rencontrent (l’homme et la femme bien sûr).

Faisons aussi en sorte qu’ils tombent amoureux l’un de l’autre.

 

Ils habitent loin,  mais le monde est tout petit et ils parviennent à voler du bonheur par ci par là en se voyant une fois tous les trois mois, dirons nous.

Ils commencent à vivre une histoire qui déborde d’amour et puis ils font des projets.

Des projets qui ressemblent bien au bonheur.

Les mois passent, les projets s’amplifient, leur coeur se gonfle en les évoquant et ça les aide à tenir pour le jour où ils franchiront le cap et diront à leur partenaire respectif qu’ils s’en vont vivre ailleurs.

S’ils attendent, c’est que l’un des deux a des “obligations” par rapport à ses enfants et que, en aucun cas, il ne jettera tout, spontanément, tant qu’il ne saura pas que ses enfants sont prêts à vivre cette histoire, à leur façon.

Donc, une échéance est fixée, ce qu’on appelera le bout du tunnel.

 

Et puis, la vie, l’autre, la moins belle, s’en mêle.
Le partenaire de l’un des deux tombe malade. Impossible de partir, soudain !

Pourquoi ? parce que “qu’en dira-t-on”, parce que “conscience”, parce que “peur de …”.

Et patatra, tous les projets se retrouvent à terre.

Pas que les projets d’ailleurs, les protagonistes aussi.

 

Plaçons nous du côté de celui qui subit ce soudain retournement de situation.

Il ne comprend plus rien, il a le coeur explosé de chagrin. Il n’a pas envie de dire à l’autre de se sauver et le rejoindre, il peut seulement dire à l’autre : “Je souffre et sache que tôt ou tard, nous devrons ne plus nous voir car ce n’est pas une vie possible.”

Il ne fait que dire à l’autre en fait, ce qui a été dit par la décision de ne pas laisser le partenaire dans sa souffrance de maladie. Parce que, soyons sérieux. Celui qui décide d’abandonner (aucun jugement de ma part), c’est bien lui qui met un point à cette histoire d’amour.

Il décide de sacrifier son bonheur, celui de l’autre aussi, pour tenter d’accompagner jusqu’au bout ce partenaire qu’il avait décidé d’abandonner de toute façon, avant.

 

Plaçons nous du côté du malade : supposons que le partenaire reste, il lui donne là ce qui peut prendre pour une preuve d’amour, alors humainement, on peut saluer.
Il”partira”, si tant est que sa maladie soit mortelle (mais nous le sommes tous, tôt ou tard) dans ces conditions plus douces.

Supposons qu’il parte néanmoins. L’autre va peut être souffrir doublement, parce que le sentiment d’abandon sera obligatoirement lié à sa maladie. Il lui en voudra terriblement.
Or, lui sait tout ça. Il le suppose en tout cas.

Donc, il sacrifie l’amour de sa vie, sa propre vie et mets un point définitif à l’avenir.

 

Et enfin, même si il a été évoqué à chaque fois : plaçons nous du côté de celui qui reste, pour sacrifier son bonheur à soutenir son partenaire malade.
Il souffre de se retrouver confronté à ce choix qu’il semble faire malgré lui.
Il le fait par humanité vis à vis de la maladie, non de son partenaire, je pense.
Il le fait aussi vis à vis des autres, de l’image qu’il donnera.
Il préfère donc donner une bonne image de lui et se suicider… parce qu’il sait que l’autre, celui qui l’attend et l’espère va de toute façon s’éteindre, d’une façon comme d’une autre.

Lorsque nous débattons de bien être sur le blog de Patrick (http://www.partaje.fr ), je me demande bien où se situe de le bien être des uns et des autres là …

 

Pas facile la vie !

~ par reinedespommes sur avril 10, 2008.

12 Réponses to “Le sacrifice”

  1. Ici c’est peut-être pas de trouver le bien être mais “juste” le choix le moins douloureux.

  2. Pour qui ? hé ! toute la question est là …

  3. On en revient à la responsabilité de chacun sur ses propres choix… tout restant bien entendu étroitement liés puisque le choix de l’un influera le choix de l’autre, et du troisième. Chacun, suivant les choix qu’il aura, fera en sorte de faire celui qui sera le moins douloureux pour lui.

  4. Et bien non, justement, le choix de l’un sera imposé à l’autre, c’est là tout le problème.
    Celui qui subit n’aura pas son mot à dire …
    C’est la même chose quand un couple se sépare : l’un décide, l’autre subit …

  5. Oui bien sûr, c’est pour cela que j’ai parlé d’influences. Le choix du “premier” engendrera forcément une diminution des choix du suivant, et etc.

    Par exemple, la personne mourrante pourrait refuser, si elle est courant bien sûr, que son conjoint se sacrifie… et ça perturbera donc le choix premier.

    Celui qui subit, le “quitté”, pourrait lui décider de continuer cette relation tout de même, “en cachette” dirons-nous.

  6. Bien vu Mrs S. ! seulement voilà, le “quitté” peut décider que l’avenir n’étant pas rose, cette relation en pointillé qui devait être en continu sous peu, il faut la stopper car c’est ingérable.
    Vivre caché n’est pas vivre, surtout une relation amoureuse.

  7. Oui ça je suis bien d’accord mais il pourrait faire ce choix. Ca reste une éventualité…
    Au final de toute façon il se sacrifie ou il est sacrifié. Le pire ou le moins pire si je puis dire…

  8. ET oui … quel dilemne !

  9. Difficile d’être à la fois responsable, libre, heureux, engagé, indépendant.
    Nos choix nous engagent, durablement, ils impliquent aussi les autres, nécessairement, alors nous avons une responsabilité envers eux.

    il faut juste éviter d’arriver à faire les choses de façon contrainte et de contraindre les autres à faire ce qu’on attend d’eux… car si l’on est forcé, on le fait mal, on ment, on mérprise.

    Peut être avons nous seulement l’obligation de faire les choses sincèrement et que si l’on arrive plus à le faire alors il faut trouver une autre voie, quitte à partir, quitte à blesser ou à faire de la peine.

  10. Oui, tout le problème est là : je me suis engagée en disant “oui” à mon mari, il y a quelques années… lui aussi …
    Quand il est parti de la maison, j’avais 0 revenu, mais 0 !

  11. Que regrettez vous ? lui ou son “confort financier” ?
    cet argent vous aurait il rendu heureux ?
    En principe il y a des juges pour garantir au conjoint le retour à son autonomie… mais je comprends…

  12. Ouille !
    Je me suis mal exprimée. En fait, n’ayant rien expliqué, évidemment, ça devait m’arriver …
    Je vous rassure, question “confort financier”, mes deux ex (chance une paire !) ont vécu d’avantage sur mon argent que moi sur le leur !
    Je n’ai jamais profité de l’argent de personne … mais j’y réfléchis sérieusement tiens !

Laisser un commentaire