Illusion … d’être
Je creuse depuis des années la différence entre être et paraitre… aujourd’hui encore un peu plus.
Parce que j’ai entendu : “On ne mélange pas les torchons et les serviettes.”
Quid ? me direz vous.
Simple !
Quand j’étais cadre, on me fréquentait, ça faisait bien … encore plus d’ailleurs quand j’ai travaillé pour IBM.
J’ai croisé récemment un ancien copain qui m’a demandé de mes nouvelles (par obligation) et qui m’a demandé si je voyageais toujours autant. Quand je lui ai fait l’état des lieux, il s’est soudain rappelé d’un RV urgent…
Allez comprendre …
Et puis hop, seule, le boulot qui n’est plus le même (le cerveau oui mais les autres savent pas ça …), on jette donc comme … un torchon !
Bon, ce n’est pas fini, attention.
Aujourd’hui, ceux qui ne me connaissent pas se font de suite un jugement sur quoi ? bé sur le boulot tiens !
Hallucinant ? mais non !
Je me souviens avoir lu un témoignage d’un homme qui expliquait que le célibat rendait soudainement inintéressant. Si en plus, vous n’avez plus le titre (donc le revenu) qui va bien, je ne vous dis que ça.
Les discussions sont évidemment complétement décalées.
Les couples vous parlent du soucis qu’ils ont de choisir entre l’île machin ou l’île truc pour leurs futures vacances, leurs petits problèmes de fric quand ils reçoivent la feuille d’impôt, leurs réunions avec des hauts placés etc…
Cela m’interpelle car lorsque j’étais dans ce genre de vie, jamais je n’en parlais.
Je n’avais pas envie qu’on me donne une quelconque valeur par rapport à mon métier, mais bel et bien par rapport à moi même.
Aujourd’hui, cela n’a pas changé mais c’est l’inverse qui se produit : surtout ne pas dire ce que l’on fait. Etiquette oblige !
Et oui, le monde est de plus en plus sectorisé, de moins en moins simple et les gens accordent de plus en plus de valeur à la position sociale…
Ainsi, mon ex beau frère se glorifiait d’avoir discuté avec le directeur de telle ou telle boîte, comme si cela lui avait donné plus de valeur !
Et combien sont dans ce cas !
Et puis, les autres, ceux qui considèrent que nous ne leur arrivons pas à la cheville parce que le portefeuille (argent et relations) est plus gonflé que le notre !
Je repense aussi à cette histoire terrible d’un SDF ramassé sur la chaussée et amené dans un “refuge” dont le gardien nous racontait qu’il était auparavant infirmier. Sa femme est partie, il a commencé à boire, a tout perdu, notamment… ses amis !
D’ailleurs, que fait-on quand on fait la connaissance d’une personne, tout au début ? on lui demande son métier !
C’est décidé, je suis dorénavant Directrice des recherches du fonctionnement de l’être humain par le comportement en société. Et paf !
Et on ose encore parler d’humanité. Pfffff
Le renard a dit un jour : “Les hommes n’on( plus le temps de rien connaitre. Ils achètent des choses toutes faites chez le marchand. Mais comme il n’existe point de marchands d’amis, les hommes n’ont plus d’amis.”

Bonsoir, Madame la Directrice des recherches…
Ayant vécu ce douloureux problème de l’être et du paraître, j’y vais de mon anecdote.
Si l’image de l’Armée s’est améliorée, elle n’était pas très jolie dans les années 70-80. Comme tu le sais déjà, j’étais militaire. Jeune engagé, je fréquentais un milieu d’étudiants Orléanais, ils connaissaient mon job et ça ne posait pas de problème : j’étais capable de parler d’autre chose que du dernier canon sans recul… Un samedi soir, je fus invité dans une soirée où je fis la connaissance de plein de nouvelles têtes. Tout se passait bien, nous devisions (j’aime ce joli mot, ça fait classieux) de concert, musique, littérature, politique même, jusqu’au moment où quelqu’un demanda ce que je faisais. Lorsque mon amie répondit, ostensiblement, on me tourna le dos. Bonjour l’ambiance ! Mes “qualités” relationnelles devenaient d’un seul coup nulles, de par mon métier !
Je connus cela aussi lorsque j’accédais aux épaulettes : pour pas mal de gens, je suis devenu d’un coup plus beau, plus intelligent, et surtout plus fréquentable…
Ca forge le caractère ! Cela m’aura permis de m’attacher aux gens au delà des images, surtout celles fondées sur une situation sociale. Et accessoirement, j’ai appris la discrétion, voire la dissimulation…
Je te rejoins complètement sur ce point. On peut être le parfait des abrutis, l’image donnée gomme beaucoup de défauts. Et surtout, cette image est la clé qui ouvre -ou pas- la porte des relations potentielles.
Ne généralisons pas… et pourtant !
Et pourtant… Je continue…
Tu as travaillé dans le domaine de la communication. La “com”, comme on dit dans les milieux autorisés (par qui ?). Une des plus belles (!) attaques contre l’humanité. pourquoi ? Parce ce que la “com”, c’est apprendre à vendre et à SE vendre. J’ai fait un stage de com pendant 5 semaines. Incroyable, quand on réfléchit un peu.
Positiver ! Donner une belle image de soi ou de son projet, et donc gommer les imperfections. Seguela l’a souvent dit, nous sommes dans une société d’images, même le numérique s’y met, qui permet de transformer un physique imparfait…
On reconnait parfois le niveau hiérarchique à la tenue portée : lors d’un stage dans une boite de bureautique-informatique, on m’avait appris que les cadres se différenciaient spontanément par le style de costume : le 2 pièces, le costume avec gilet et fin du fin, le costume croisé bleu marine…
La culture (?) du bling-bling et des marques, la publicité, le “relooking”, …etc.., est-ce que, quelque part, ce n’est pas le résultat de cette com et du “savoir se vendre” ?
A contrario, bien évidemment, ceux ou celles qui ne sont pas dans le moule sont exclus. Le métier, et son corollaire le salaire, sont maintenant les repères d’une société qui a, sans doute, perdu un peu de son humanité.
On pourrait parler aussi des hommes qui perdent un bon travail, leur femme leur dit soudain “tu ne représentes plus rien pour moi” et s’en vont.
La déchéance n’est alors plus très loin…
Joël,
1° tes anecdotes appuient mes dires et vont au delà : je me demande si je ne vais pas te prendre comme “nègre” pour mes billets !
2° la “com” décortique aussi l’être humain pour pouvoir mieux le manipuler parfois …, je pourrais en parler pendant des heures !
3° j’ai fait comme toi : du tri, dans tous les sens.
Patrick,
!
C’est aussi la réalité, oui. Mais que pesait la relation alors ? une poignée d’euros…
Les hommes que j’ai aimés brillaient à mes yeux par ce qu’ils étaient, non par ce qu’ils faisaient… bon, ok, ce n’est pas forcément la bonne référence