L’envol

 Mes enfants, je les ai toujours appelés, à un moment, celui où ils sont petits bien sûr : mes anges.

Un ange est toujours représenté avec un visage doux, un peu potelé, craquant à souhait.
Or, on l’a constaté, nos angelots à nous n’ont point d’ailes.

Etrangement, lorsqu’on ne les appelle plus “mes anges”, c’est là que leur poussent des ailes.

Elles poussent plus ou moins vite selon la maturité de l’ex ange, mais alors, une fois qu’elles sont sorties, ils s’envolent à une de ces vitesses…

Alors, quand notre aîné commence à s’éloigner, on se demande inévitablement si les deux autres partiront aussi vite des jupons de maman.

J’en ai déjà parlé ici mais j’avoue n’avoir réfléchi que de mon côté.

Je crois que plus le lien a été fort, plus vite ils s’éloignent, en tout cas, plus facilement. L’apprentissage de la confiance en soi est, me semble-t-il, proportionnel à la poussée des ailes et surtout est la base pour que le chérubin puisse partir rassuré.

Je ne serai pas égoïste et je les laisserai évidemment faire ce qui leur convient (tout en gardant un oeil jusqu’à leur indépendance) car je me dis que je leur rends peut être diablement service.
Je lisais un article hier soir sur la difficulté de couper le cordon, jusqu’à ne jamais le couper.
Coïncidence, j’en parlais aussi avec un ami.

Pour avoir testé pour vous, je vous garantis qu’il vaut mieux ne jamais rencontré un homme qui n’a pas coupé le cordon. Non seulement les parents se croient tout permis, ils entrent chez vous comme chez eux, critiquent tout ce qu’ils peuvent (même et surtout ce qu’ils ne peuvent pas d’ailleurs) mais en plus, vous imposent tous les week end chez eux …
J’avoue que j’y ai vu au départ beaucoup de gentillesse, ensuite beaucoup d’intérêts (ne pas avoir à faire à manger), et puis, doucement, beaucoup d’ennuis.
Le couple n’est pas fait de deux personnes mais de quatre.

Moi, ça me gêne aux entournures …

D’autant que lorsque j’ai dit que cette obligation me pesait, on a légèrement senti un recul de la part du fifils à maman, ensuite une bonne vieille colère faite d’incompréhension (comment ? eux qui nous accueillent si bien ?!), et pour finir, l’union de 3 êtres qui ne s’étaient jamais séparés, contre moi.

Evidemment, lors du conseil de famille, il a été décidé que je serais fusillée sur place.

On pourrait penser que c’est une question d’âge, et bien non.
J’ai connu un monsieur qui vivait avec son père, qui a seulement commencé à vivre quand le père est mort.

Comme si il lui passait le relai de la vie. Seulement voilà, il n’avait plus 20 ans ! il en avait même largement 50 !
Tant d’années à justifier ses sorties, ses retours tardifs, ses amis…

J’ai constaté vraiment que tous ces gens qui ne pouvaient vivre très loin de papa-maman manquaient singulièrement de confiance en eux. Ce n’est pas de leur faute bien sûr, le bagage, c’est le couple infernal qui nous le donne.
Et bien, en faisant ce constat, je peux vous dire que même si le coeur en prend un sacré coup, mes deux derniers enfants pourront prendre leur envol quand il leur plaira.
Je peux aussi vous assurer que je continue sur ma lancée de ma façon d’éduquer, avec le petit dernier pour m’assurer qu’il ne manquera pas de confiance en lui et saura créer une vie harmonieuse avec une femme sans avoir besoin de venir courir me voir parce que tout simplement, je ne l’attirerai pas dans mes filets.

Comment un couple pourrait-il exister si l’omniprésence des parents fait qu’on a toujours l’impression que le moindre faux pas nous promet une volée de bois vert ?!

Tiens, pour finir, je vous livre une anecdote qui s’est révélée dans mes deux expériences de couple : les anniversaires et noël.
Ah, les anniversaires où il est trés mal vu d’arriver les mains vides ! Je vous donne le meilleur conseil possible : soyez malade la veille, pour être crédible, et le jour même, pour éviter d’aller contaminer tout le monde.
Parce que ce fameux lien est aussi proportionnel à la taille (en prix, bien sûr) du cadeau attendu.
Ne vous avisez pas d’arriver avec un petit rien du tout, c’est à peine si on vous dira merci.

Donc, dans ces cas là, on repère vite le pingre qui sommeille en vous. Que fait la famille ? Elle vous appelle pour chaque anniversaire pour vous solliciter. On offre une rivière en diamants, ça te coûtera 10 000 €. J’exagère. Mais à peine …
Et l’addition, on vous la présente avant le dessert !

Je suis pingre ? Mais non ! seulement, d’une part, je déteste qu’on m’impose quelque chose, d’autre part, quand la famille est constituée de 3 enfants, mariés, ayant des enfants, ça commence à chiffrer grave ! Or, quand vous, vous avez eu l’habitude d’entendre vos parents vous dire : “garde ton argent, nous n’avons pas besoin de cadeau”, vous avez du mal à comprendre pourquoi les autres ont besoin d’un cadeau !

Mais il est vrai que dans ce genre de famille, on achète l’amour comme on peut.

~ par Pomme le 01/06/2008.

2 Réponses to “L’envol”

  1. Et l’amour-acheté n’a jamais fait le bonheur… Tout au plus, il a calfeutré l’absence de sentiment. Et rien ne remplacera une lettre ou un coup de téléphone le jour de son anniversaire, un “je pense à toi”. Pas même un chèque ou une rivière de diamants.

    Et les cadeaux dans une famille dont les générations poussent t poussent, oui ça chiffre vite!

    Pour tes anges, ils ont, je crois, de la chance d’avoir une maman qui comprend la nécessité de s’effacer un peu pour les laisser s’envoler, doucement et avec le sourire.

  2. Bienvenue chez moi Appoline.
    L’amour acheté c’est ce que j’appelle le bonheur du supermarché ! tu le dis si bien, une pensée ne coûte rien et chauffe le coeur.
    Mes anges ne savent pas qu’ils ont de la chance… chuuuut ;-)

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