Opportunité

Par pudeur, par respect aussi, à cause des émotions qui ont jailli à ce moment là, je n’ai pas fait état ici du premier chagrin d’amour vécu par mon aîné.
Il remonte à un mois, le 1° jour des vacances où, au moment de se mettre à table, il m’a envoyé un texto de sa chambre : “Mangez sans moi, je n’ai pas faim.”
Quand votre fils vous dit ça, alors qu’habituellement, il vaut mieux se servir en premier pour être sûr d’avaler quelque chose, c’est clair, il y a problème.

Ce soir là donc, j’ai servi ses frères et je suis allée le voir dans sa chambre. Il pleurait. Il pleurait tant que j’ai eu très peur.
Perdu face à un vrai sentiment qu’on lui demandait de refouler.
Perdu face à l’impuissance que l’on ressent quand on nous annonce que c’est terminé.
Malheureux de ne plus pouvoir donner.
Malheureux de ne plus recevoir aussi.
Malheureux de ne pas comprendre.

Il a passé sa première semaine de vacances à naviguer dans la maison, l’âme en peine. Aucune des sorties que j’ai organisées ne l’a distrait.

Il avait parfois des flots de larmes qui me semblait ne jamais pouvoir finir.
Il a su me parler, je l’ai écouté.
Et puis il m’a questionné, j’ai tenté de lui répondre doucement, pour ne pas attiser l’énorme colère qui montait en lui.

Je trouve qu’il a admirablement géré ses émotions. Je le lui ai d’ailleurs dit hier.

Mais hier, j’ai dit d’autres choses.

Il discutait avec son frère des filles et que dorénavant, il n’allait plus s’investir autant. Qu’il avait bien en vue une autre fille mais qu’il était hors de question de tomber amoureux parce que “souffrir, ça va bien” et qu’il sait que de toute façon, aucune de celles avec qui il pourrait avoir un bout d’histoire ne sera la femme de sa vie.
Il nous dit : “Moi, je me consacre aux études, le sérieux, ça sera pour plus tard

Il faut entendre évidemment qu’il se protège proportionnellement au chagrin qu’il a eu et surtout au vrai sentiment amoureux qu’il avait pour cette jeune fille.

Alors, je les ai invités à réfléchir à l’état dans lequel on se trouve avant de tomber amoureux, celui qui vient ensuite, et à lui, particulièrement, de cet état terrible du chagrin d’amour.
Pour terminer par l’état actuel.

Je voulais par là, leur faire prendre conscience que, avant de vivre une relation amoureuse, on a appris à être bien, alors cette rupture ne doit pas détruire nos connaissances de bien être pour nous envahir à ce point. On sait être heureux aussi sans “l’autre”.

C’est ce que j’ai dit un jour à une élève qui est arrivée à mon cours en larmes, au point qu’elle frôlait la crise d’hystérie : “Venez en cours, laissez votre chagrin dehors, quand vous sortirez, il sera peut être encore là, ou il sera apaisé.”
Mes fils avaient trouvé que j’avais été sévère et pourtant, cette jeune fille est entrée, a séché ses larmes et est parvenue à rire pendant ce cours.
Je voulais juste lui montrer, à elle comme aux autres d’ailleurs, que nous pouvons parceller nos moments de vie et que parfois, en le faisant, on retrouve une sérénité qu’on n’imaginait plus possible. Il est alors tentant de vouloir recommencer et c’est ainsi que l’on peut guérir plus vite.

Et puis, parce qu’ils sont en âge de comprendre, j”ai aussi glissé à mes fils qu’il m’a fallu des années pour comprendre qu’on peut très bien vivre heureux autrement que dans une relation de dépendance amoureuse et qu’il faut apprendre à savourer notre bien être pour mieux gérer les aléas de la vie.

Qu’un amour perdu nous détruise, je suis persuadée aujourd’hui que c’est un signe de mal être qui se situe bien au delà de cet amour lui même. Nous existions avant l’autre, pourquoi mourir après ?!

Et cette discussion s’est terminé par une conclusion superbe de mon second : “Oui, enfin, c’est pas mal non plus d’avoir une copine, moi, ça fait 6 mois que je galère pour en trouver une.”
Je lui ai juste fait remarquer que comme il avait pris une sérieuse avance dès la maternelle, il pouvait bien attendre encore 6 mois !

8 Commentaires (+add yours?)

  1. gagdujour
    mar 22, 2009 @ 11:14:18

    Moi j’aime bien la conclusion du deuxième :lol:

    Et oui, le premier gros chagrin d’amour de notre progéniture est parfois difficile mais, heureusement, ça ne dure pas.
    Pour ma fille, 18 ans, c’est arrivé après 2 ans (enfin je crois) de relations parfois tumultueuses.
    Mais, connaissant ma fille, j’ai préféré rester à l’écart. De toutes façons, dès le début je lui ai dit que ça reprendrait.
    Et hop, quelques semaines après ça reprenait de plus belle à l’initiative de ma fille (Papa avait raison) mais… juste pour quelques semaines (Et là, Papa ne s’y attendait pas).

    Et là, j’en rigole encore, elle s’est juste arrangée pour que le p’tit gars soit bien accroché et elle l’a “renvoyé dans ses 22″ pour lui faire subir ce qu’elle avait elle-même subit peu de temps avant.
    Sauf que lui, il lui a fallu beaucoup plus de temps pour comprendre que ce n’était plus la peine d’insister.

  2. Pomme
    mar 22, 2009 @ 12:22:42

    Le second ne manque pas d’humour, c’est certain !

    Mon fils avait imaginé employer cette méthode pour se “venger” mais je lui ai suggéré de ne pas envenimer le problème. Il s’agit d’adolescents et on les sait un peu fragiles quand même …
    D’autant qu’une fille de leur lycée a tenté de se suicider parce que son copain a rompu. Ca calme !

    Il est très délicat de se mêler de leurs histoires, mais quand ça va mal, il vaut mieux être sur le qui vive !
    Après, ils continuent leur chemin en apprenant en effet à leurs dépends parfois !

  3. La factrice
    mar 22, 2009 @ 15:09:36

    Wow! J’espère que lorsque je serai maman, j’aurai la chance d’avoir de beaux échanges comme ceux-là.

    Ça me touche de lire ce billet…. Moi qui travaille aussi avec des jeunes, j’adore savoir que certains parents s’investissent encore dans l’éducation de leurs enfants et prennent ce rôle à cœur!

  4. Pomme
    mar 22, 2009 @ 17:50:32

    :) en privilégiant la communication , il n’y a pas de raison La Factrice. J’ai toujours discuté de tout avec mes fils.
    Aucun sujet n’est tabou.

    Il me semble qu’il est de notre devoir de lancer nos enfants sur un chemin, si possible le bon.
    Je fais le constat moi aussi, au quotidien, du peu de cas que font certains parents de leurs enfants (que ce soit dans ma vie privée ou professionnelle d’ailleurs)…

  5. Joël
    mar 22, 2009 @ 18:39:26

    +1 !
    ;-)

  6. gagdujour
    mar 22, 2009 @ 19:16:06

    +1 aussi, mais il y a aussi un âge où ils se croient suffisamment grands et qu’ils n’acceptent plus trop le dialogue (Sauf quand ils sont dans la m**** et qu’il est plus facile de s’appuyer sur Papa/Maman)

  7. Daud
    mar 22, 2009 @ 19:19:07

    Et quand c’est un petit garçon d’à peine neuf ans, je t’assure que cela déchire le cœur. Mais un gros câlin remédie, à défaut d’une guérison totale, au chagrin qui inonde le visage de l’enfant.

    Elle est amusante l’approche du second !

  8. Pomme
    mar 22, 2009 @ 19:31:34

    Gaaaag ! tu exagères ! :lol:

    Daud, quand ils sont petits, je crois que le chagrin est encore plus difficile à consoler et ça doit faire bien plus de mal aux parents. :(
    Le second est amoureux depuis qu’il est en âge de faire la différence entre fille et garçon ! il n’avait pas peur d’être amoureux d’Esmeralda tout petit et il s’est même sauvé à Disneyland pour tenter de la rattraper lors du défilé !

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