J’ai un peu de mal à suivre
J’ai lu un tas de choses sur le sujet brûlant de la rémunération des élèves pour assiduité.
Personne n’est passé à côté de l’info et tout le monde donne son avis. Je ne peux m’empêcher de donner le mien !
D’une part, tout au début de la vie, on apprend aux tous petits la récompense du travail bien fait par des bons points. Ensuite, ils passent aux A, B, C … pour qualifier leur travail.
Plus grands, ce sont des notes qui leur sont attribuées. Normalement (j’insiste), ce sont des notes justifiées.
Ces notes donnent donc une idée des capacités de l’élève. Elles lui donnent, à lui, une idée de sa valeur. Ca commence à aller moins bien.
Car, de mauvaises notes en mauvaises notes, la pensée dite magique se met en place : l’élève finit par penser qu’il est comme ses notes : nul.
S’en suit une absence totale de motivation qui s’allie à une frustration énorme.
Si il doit y avoir récompense, en dehors des notes, c’est le rôle des parents de la donner. Au pire.
Au mieux : l’exemple ! L’exemple des adultes reste quand même la meilleure chose. Même si, à cet âge, on rejette tout, on n’en reste pas moins attentif.
Quand ils sont au collège, ça se passe à peu près bien. Ca se gâte à l’arrivée au lycée.
Il faut là aussi noter que, après une absence complète de liberté jusqu’en 3°, l’élève se retrouve libre comme l’air à son arrivée en seconde. A l’âge le plus difficile !
Loin de moi l’idée de rendre libres les collégiens et prisonniers les lycéens, bien sûr. Mais que se passait-il quand moi, j’étais au lycée ? Nous n’avions le droit de sortir que sur autorisation expresse de nos parents et encore, si notre journée était terminée. Le temps libre, nous le passions en étude.
A quoi sert cette liberté des heures sans cours pour les lycéens ? se promener en ville !
J’en parlais avec des adolescents la semaine dernière. Ils m’avouaient eux mêmes qu’au bout d’un quart en ville, ils finissaient par tourner en rond et ne plus savoir que faire.
Ainsi donc, certains autres préfèrent y rester en ville. Toute la journée. Donc, sécher les cours.
Ils ne s’ennuient pas ?
Sans doute que si. Pour la majorité. Mais au moins, là, ils ne sentent pas frustrés de se retrouver dans des classes surchargées où leur valeur est celle représentée par des notes.
Je dis souvent aux jeunes :”Personne n’est nul. Vous pouvez être plus à l’aise dans une matière et moins bon dans une autre. L’important, c’est que vous sachiez que vous avez de la valeur quelque part.” Encore faut-il leur prouver. Et parfois, il suffit d’un rien pour que de “nuls”, ils passent à “bons” : une remarque agréable, une sollicitation au bon moment avec les félicitations pour la participation, … la valorisation, tout simplement !
J’ai noté une chose intéressante chez les adolescents : ils veulent appartenir à un groupe, se fondre dedans, y disparaitre parfois et en même temps, ils ont un besoin incroyable d’individualité. Ils ont besoin d’être reconnus comme un individu différent des autres ou tout au moins, équivalent. Le “Et moi madame ?”, il veut en dire tellement …
L’environnement familial y est pour beaucoup aussi. Si malheureusement, ils sont “cassés” chez eux, le boulot est rude.
Enfin, se posent deux problèmes, au moins, à cette histoire de rémunération.
Le premier : ils viendront en classe ? peut être… encore que, pour un voyage … pas sûr. Mais supposons qu’ils viennent en classe. Travailleront-ils mieux pour autant ?
Leur comportement sera-t-il correct ?
Ecouteront-ils tout simplement ?
Et puis, la suite … quand ils seront sur le marché de l’emploi, ils revendiqueront quoi pour chercher du travail ?
Et quand ils auront du travail, ils demanderont quoi de plus pour être présents ?
De nombreuses enquêtes sont menées pour voir comment ça se passe dans les autres pays. On en ramène des statistiques, des remarques, des chiffres (…) qui montrent au moins que, si ça ne se passe pas plus mal, ça peut aussi se passer mieux.
Les emplois du temps des élèves sont surchargés. Ils ont parfois jusqu’à 36 heures de cours, voire plus.
Ils arrivent le lundi matin et leur semaine se termine pour certains le samedi midi.
Et malheureusement, au bout de quelques semaines, on sent la fatigue, l’énervement, le manque d’attention grandir. On sent bien qu’ils sont fatigués.
Je connais des jeunes qui se lèvent à 5h30 pour arriver à 7h à l’établissement et attendent donc 1 h avant d’aller en cours.
Ils sont jeunes et plein de dynamisme me direz-vous. Certes. Mais je ne sais rien de la vie qu’ils mènent non plus et de l’hygiène de vie qu’ils ont également. Se coucher tard pour surfer ou chatter n’arrange rien.
Et pire, au delà des statistiques et des enquêtes, des psychologues font des travaux passionnants qui démontrent qu’il y aurait intérêt à revoir tout ça, mais que deviennent ces travaux ? ….
J’ignore sur quelle base s’est faite cette idée de rémunération mais ce n’est pas “comment”, c’est plutôt ”pourquoi” ! à mon avis, ça fera avancer le débat.

c’est en étroite relation avec notre société de consommation actuelle…
Alors je suggère l’achat direct du brevet + bac , un petit lot bien ficelé.
ça ne m’étonnerait pas qu’on en parle dans 10 ou 15 ans (comme le permis !)
Gamin, je me levai également de bonne heure pour aller au collège de la ville voisine mais le soir, pas de télé et il n’y avait pas d’ordi, ni de portable avec SMS illimité à partir de 20h ; les devoirs (si, si, il y en avait !) étaient faits pendant les heures d’étude et les “pions” prenaient même le temps de nous aider !
Honnêtement, je ne sais pas si nous étions plus instruits mais Luc Ferry faisait il y a quelques jours aux “grosses têtes” une blague énorme : “le Bacc ? Pour le louper maintenant, il faut en faire la demande”. Je n’ai pas le souvenir que c’était comme ça au siècle dernier (eh oui, déjà !
)
A cette époque, les parents exerçaient pour la majorité d’entre eux une surveillance des enfants, et suivaient les réprimandes ou punitions des profs. Certes, on me rétorquera que la société a bien changé, mon bon monsieur ! Les parents sont fatigués en rentrant du travail [pourtant, il n'y avait pas encore les 35h] et ne consacrent plus le temps nécessaire à l’éducation des enfants.
Je crois que pour me guérir d’une éventuelle envie d’école buissonnière, au lieu de me payer pour aller à l’école, il m’aurait plus volontiers donné un coup de pied au c.. mais ces “aides pédagogiques” n’ont plus cours et peuvent même conduire au tribunal !
Je rejoins la question de base : ces élèves qu’on va payer seront-ils pour autant plus disposés à apprendre ? ou pour le moins ne pas mettre le bazar en classe ?
Moi aussi, j’ai un peu de mal à suivre…
Mon bon monsieur, en effet les temps ont changé … peut être heureusement d’un certain côté par rapport aux tous pouvoirs de certains enseignants qui en abusaient largement.
Un de mes instituteurs a quand même “arraché” un bout d’oreille de ma voisine en lui tirant dessus. Résultat : rien ! enfin si, une oreille recousue quoi …
Un de mes profs au collège a quelque peu peloté une fille de ma classe et ce, devant tout le monde, sous prétexte de nous expliquer où se trouvait le sexe de la fille (il est vrai qu’à cet âge là, on doutait !!!). Résultat ? ben rien ! il éduquait …
J’en ai d’autres comme ça, savoureux tout autant, mais je préfère en rester là.
Le juste milieu est peut être difficile à trouver mais de là à tomber dans l’excès inverse, oui, il y a des choses à revoir. Le débat ne sera jamais fini…
Je crois que c’est comme pour beaucoup d’autres choses : tout a évolué si vite que personne n’arrive à suivre en fait !
Je ne contredis absolument pas ce que tu décris : j’ai connu malheureusement le fait d’être à genoux sur une règle et les pincements de joues qui font pleurer et on ne peut que condamner cela avec la plus grande vigueur.
J’ai connu aussi et – heureusement – des profs qui respectaient les élèves mais qui ne toléraient pas pour autant le chahut. Les sanctions étaient expliquées et on se sentait responsable de nos actes.
Mais tu as parfaitement raison sur un point : le juste milieu est difficile à trouver.
Je reste dubitatif sur cette expérience dans ces 3 lycées. La motivation n’est plus personnelle, les élèves apprendront vite que l’argent n’est pas si difficile que ça à obtenir : on ne “récompense” pas le travail, seulement le temps de présence, même si on ne fait rien et qu’on chahute ceux qui viennent pour travailler. Bel exemple pour ceux-là !
En ce domaine, on crée seulement une relation élèves-profs dans un contexte d’éducation, de règles à respecter, pas d’instruction.
Où se situent les parents dans cette affaire ? Je n’ai pas lu qu’on en parle, sauf par les opposants qui préconisent plutôt les sanctions envers les parents (suppression des allocs), ce qui n’est sans doute pas non plus la panacée.
Pour terminer ce comm, je dirai que je ne crois pas qu’on fasse d’une âne un cheval de course. Vouloir emmener 80% des élèves au bacc est une ineptie si l’enfant ne le souhaite pas. Ne peut-on pas envisager de donner plus d’importance à l’orientation ? Respecter les envies des enfants est-il si difficile à accepter ? N’a-t-on pas trop dévalorisé les métiers manuels ?
Oui, le débat n’est pas terminé !
Malheureusement oui, il existe des gamins qu’on envoie au lycée pour les allocations et qui disparaissent au bout d’un mois… une fois la somme versée.
Mais encore une fois, c’est une question d’argent !